La voix s'élève, le chant profond, puissant et doux, envahit l'espace, s'infiltre partout, pénètre la peau, émeut l'auditeur et prend possession de ses sens, jusqu'au vertige. Au delà du cri, au delà de toute démonstration de force ou de virtuosité, le chant de Curro Piñana pose d'emblée la question de la transcendance du flamenco [...] Avec Curro Piñana, le chant atteint une dimension mystique [...] Des Cantes Mineros aux Saetas, le passage semble évident pour Curro Piñana, ce jeune artiste doté d'une voix exceptionnelle, une voix qui s'empare de la mélodie et qui la fait onduler en un mouvement sinueux, sans brusquerie aucune, lui faisant parcourir toutes les graduations de l'échelle musicale. Son chant, mélismatique, est tout en pureté, sobriété, une arabesque envoûtante qui touche l'essence de l'être." Lire
Arwad Esber
Qu'ajouter de plus à ce magnifique texte d'ARWAD ESBER qui traduit avec exactitude les émotions que nous avons ressenties hier, sinon affirmer que Le duende était bel et bien palpable en ce dimanche 25 Mars à la MAISON DES CULTURES DU MONDE.
Le jeune cantaor CURRO PIÑANA, originaire de Carthagène dans la région de MURCIE,
accompagné par son frère CARLOS à la guitarra flamenca a offert au public parisien un magnifique récital de cante jondo.
SAETAS et CANTES MINEROS jetèrent le trouble dans un public conquis par l'ART à l'état pur.
Solennité des saetas accompagnées seulement par le claquement des baguettes du percussioniste MIGUEL ANGEL ORENGO sur son tambour, cantes mineros déchirants aux paroles poétiques ou par exemple un mineur parle de "Comprar la luz del dia" (acheter la lumière du jour)...les spectateurs sont submergés par l'émotion procurée par le cante de Curro. Il faut préciser que Curro est le petit fils du maestro ANTONIO PIÑANA, qui demeure LA référence en matière de Cante de Las Minas, famille de palos à compas libre comme par exemple la taranta, la murciana, la cartagenera, la minera et la levantica.
Le récital s'achève sur des Cantes de Madruga, plusieurs spectacteurs se lèvent pour acclamer Curro et les musiciens, qui reviennent une première fois pour interpréter une alegria de Cadiz, puis une deuxième fois por buleria.
Lors d'un dernier rappel, Curro dédie une ultime mariana à l'organisatrice de ce fabuleux Festival de l'Imaginaire ainsi qu' à
MARIANA PINEDA, qui fut condamnée à mort au XIXe siècle pour avoir refusé de trahir l'homme qu'elle aimait, et qui inspira le poète FEDERICO GARCIA LORCA et plus récemment la danseuse et chorégraphe SARA BARAS.
Merci à toute l'équipe de la Maison des Cultures du Monde qui a programmé cet artiste rare et talentueux.
Remerciements à Arwad Esber qui a généreusement autorisé la diffusion du texte qu'elle a écrit, figurant sur la brochure du spectacle et qui est extrêmement intéressant. Texte complet en ligne prochainement.