Le compte-rendu de la semaine 

FESTIVAL DE FLAMENCO DE NIMES 2007

 

Les deux derniers jours du Festival de Flamenco de Nîmes, dont le programme exceptionnel avait fait se déplacer les aficionados de toute l'Europe, furent très riches en événements flamenco.

Le vendredi 26 Janvier, BERNARD LEBLON, grand spécialiste de la culture gitane, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, donna une conférence très intéressante sur "Camaron de la Isla et les Cantes de Cadiz". On y apprit par exemple que CAMARON n'avait reçu la llave de Oro qu'à titre posthume, et que les chants gaditans ne représentaient qu'une faible partie de son répertoire en comparaison avec d'autres palos, mais que Camaron restait un cantaor très éclectique, avec à son actif 35 palos différents, bien qu'il n'ait jamais chanté de cantes d'ida y vuelta.

L'après-midi, au THEATRE DE L'ODEON, le maître du compas DIEGO CARRASCO tenta de transmettre le rythme de la BULERIA DE LEBRIJA à un groupe d'élèves très hétérogène composé d'aficionados, artistes et personnes n'ayant jamais fait de flamenco, tâche difficile qui fait que les avis des aficionados sur cette MASTER CLASS n'étaient pas très positifs à l'issue du stage, qui s'est terminé plus tôt que prévu. Pour que la critique soit constructive, il faudrait songer pour l'année prochaine à mieux répartir les élèves entre les niveaux.

Le soir à 21h, ce fut au tour du maestro de Grenade ENRIQUE MORENTE de monter sur la scène du THEATRE DE NIMES pour offrir au public un très beau récital, accompagné au toque par DAVID CERREDUELA, ANGEL GABARRE et le séduisant PEPE LUIS CARMONA aux choeurs et palmas, ainsi que par le talentueux percussioniste BANDOLERO. Le cantaor entama donc son tour de chant avec une buleria rythmée par les palmas très claires des musiciens pour enchaîner sur une alegria moderne. Puis il revint au répertoire traditionnel du cante jondo en interprétant notamment une siguiriya poignante qui provoqua le pellizco chez de nombreux spectateurs. Morente et ses compadres terminèrent sur le tic-tac de la chanson de Morente "El pequeño reloj", puis furent rappelés trois fois par le public pour interpréter un tangos très entraînant, une buleria et enfin un magnifique fandango. Olé Maestro !

Après le spectacle, il y avait un "after" à l'Hotel Atria avec les jerezanos de la TROPA SANTIAGUERA, composée d'une bonne partie de la famille de Diego Carrasco.

Samedi 27 Janvier, il fallait néanmoins se lever tôt pour suivre la masterclass de siguiriyas du bailaor ANDRES MARIN qui avait présenté son spectacle le jeudi soir. D'après les élèves le niveau était très élévé et seul un petit nombre fut capable de suivre des pas montrés seulement une fois. Parallèlement, une conférence sur "Les clés d'or du cante" se tenait au BAR DU THEATRE (où l'accueil était excellent), en présence du très grand ANTONIO FERNANDEZ DIAZ "FOSFORITO" accompagné par sa femme et son guitariste. Le flamencologue NORBERTO TORRES, qui a écrit plusieurs ouvrages sur le flamenco, retraça l'histoire des clés d'or du cante jondo, en expliquant pourquoi elles avaient été attribuées à tel ou tel cantaor. Ainsi, les lauréats furent El Nitri, Manuel Vallejo, Antonio Mairena, Camaron et Fosforito, dernier héritier de cette récompense puisque Norberto Torres annonça qu'elle serait remplacée par un nouveau concours de la Junta de Andalucia, la llave del flamenco, qui concernera toutes les disciplines.

Chacun attendait avec impatience le spectacle de deux heures et demie prévu pour le soir-même. Malheureusement et sûrement en raison du froid glacial qui régnait dans la ville, Fosforito qui faisait son récital en première partie de spectacle, tint à prévenir son auditoire qu'il avait mal à la gorge mais que l'essentiel était que l'émotion passe. Malgré celà le maestro, accompagné par le guitariste ANTONIO SOTO, chanta avec profondeur une solea de Triana, celle-là même qui avait été chantée au concours de Grenade en 1922. Puis il chanta por alegria, et, fait rare, gratifia le public d'une magnifique petenera magistralement interprétée : à cet instant, le duende était palpable. Il enchaîna ensuite par un taranto, une buleria et enfin un magnifique tientos. Le natif de Puente Genil aurait souhaité rester plus longtemps sous les acclamations du public mais il laissa la place à la nouvelle génération du baile, los DOS BAILAORES, MERCEDES RUIZ et MANUEL LIÑAN qui enflammèrent la scène du Théâtre de Nîmes.

Après le spectacle, tous les artistes se retrouvèrent à l'Hotel Atria. On pouvait également y croiser d'autres artistes que nous connaissons bien venus cette fois-ci en spectateurs : MANUEL GUTIERREZ et CRISTO CORTES. Après le court spectacle de la Tropa Santiaguera, les spectateurs restaient un peu sur leur faim, mais beaucoup désertèrent la place. Nous sommes cependant restés en espérant qu'il se passerait quelquechose et avons bien fait car un groupe de gitans de Marseille improvisa avec le cantaor DAVID PALOMAR de Cadiz et le guitariste ANTONIO MOYA une petite réunion flamenca très sympathique, chaque cantaor sortant à tour de rôle por bulerias sans se gêner, les tocaores s'échangeant la guitare, et chacun "tocando las palmas" ce fut un moment magique et inoubliable, alors merci primos de nous l'avoir fait partager, et merci également aux organisateurs pour ce festival grandiose.

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Sevillanes.net - Murielle Timsit - 29/01/2007