Le compte-rendu de la semaine 

ISRAEL DANS L'ARENE DE LA MAISON DES ARTS

"ARENA", Le spectacle grandiose que nous a offert ce soir à CRETEIL le bailaor exceptionnel qu'est ISRAEL GALVAN est à la fois un véritable playdoyer anti-corrida et un hommage à l'histoire de la tauromachie.

Le bailaor était accompagné de l'excellent DAVID LAGOS et de DIEGO CARRASCO au cante, d'ALFREDO LAGOS à la guitare flamenca et de ses fidèles complices, BOBOTE et EL ELECTRICO aux palmas, au jaleo et à la papaita.Il y avait aussi MERCEDES BERNAL à la cornemuse d'El Gastor, et la banda CHARANGA LOS SONES pour le paso-doble final.

Lors des changements de tableaux (6 au total, comme les six taureaux mis à mort lors d'une corrida), on pouvait voir ENRIQUE MORENTE au côtés d'Israel Galvan dans une vidéo, au milieu du public d'une corrida, chanter de façon déchirante.
Seul le public était filmé, à aucun moment on ne voyait le taureau et cependant toute la cruauté de l'acte transparaissait dans cette façon de filmer : la plupart des spectateurs sont pris dans l'ambiance et semblent là pour se divertir, il mangent, discutent comme ils le feraient à un match de football. D'autres, plus rares, comme ceux qui entourent les deux artistes, affichent un visage impassible, fermé, qui contraste avec l'effervescence ambiante.

Le danseur aux pieds nus (dans la première chorégraphie seulement) se donne à 200% dans son baile, il est totalement dans son histoire, tour à tour dans le rôle du torero et du taureau (plus souvent du taureau), adoptant des postures flamencas magnifiques qui ne font que renforcer le lien entre flamenco et tauromachie. Israel joue avec les objets, qu'il s'agisse d'une chaise à bascule, d'une table ou d'un sac de sable. Il ne laisse personne insensible, et le texte du poème de Federico Garcia Lorca, "La cogida y la muerte" (le coup de corne et la mort), qui defile sucessivement derrière lui illustre son baile.

En voici un extrait :

Huesos y flautas suenan en su oído
a las cinco de la tarde.
El toro ya mugía por su frente
a las cinco de la tarde.
El cuarto se irisaba de agonía
a las cinco de la tarde.

Israel nous montre l'envers du décor, mimant le comportement du taureau, jusqu'à en imiter ses gémissements, ses piétinements et son impatience à vouloir entrer dans l'arène. Lors du paso-doble qui conclut le spectacle, Israel va très loin, jusqu'à attacher des couteaux sur le coté de ses chaussures et danser avec sur une table. Les postures du danseur lors de cette scène sont très caricaturales et contribuent a ridiculiser ceux qui en sont les acteurs habituels.

Un flamenco résolument contemporain, que l'on déconseillera cependant aux néophytes ou aux amateurs de flamenco traditionnel auxquels conviendrait mieux l'autre création de l'artiste, "La Edad de Oro".

Sevillanes.net - Murielle Timsit - Le 07/11/2006