Antonio, tu appartiens à une famille gitane de Cordoue, de grande tradition flamenca. Quelle serait ta définition personnelle du flamenco ?
C'est un art très exclusif et dévalorisé, plus politiquement que socialement. C'est ma vie entière, j'ai commencé le flamenco à l'âge de 5 ans, et aujourd'hui j'en ai 42 !
Pourquoi as-tu choisi la danse plutôt que le chant ou la guitare ?
Ah mais je suis également guitariste tu sais, et mon niveau de guitare est presque aussi élévé que celui de ma danse. Je joue aussi du piano, de la flûte et du cajon...
Tini confirme qu'il joue très bien de la guitare et me dit que c'est un grand musicien, puis me fait écouter sur son lecteur mp3 des maquettes de chansons qu'Antonio a composées, et sur lesquelles il chante également. C'est la surprise, car certains des titres sont très éloignés du registre flamenco ! Je passe ensuite à la question suivante
Dis-moi si je me trompe, mais j'ai lu que tu as appris la danse flamenca avec ton oncle, CRISTOBAL REYES.
Oui, c'est vrai, mais pas dans sa totalité, c'est lui qui m'a initié au baile mais ensuite j'ai étudié avec de grands maîtres comme ANTONIO RUIZ SOLER, ANTONIO GADES, MARIO MAYA et MANOLO SOLER.
Je demande à Antonio de me confirmer qu'il n'a jamais eu de maestra et il me répond qu'en effet il n'a suivi que des enseignements masculins
Quels sont les palos que tu préfères et pourquoi ?
La solea, la solea por buleria, la siguiriya et le martinete, parce que j'ai une préférence pour le cante jondo.
Tini et moi sommes bien d'accord avec ce choix, mais je demande quand même à Antonio : et la buleria ?
la buleria aussi me plaît mais c'est vrai que c'est plus pour les fêtes.
Tu enseignes le baile à L'Académie Amor de Dios à Madrid. Depuis combien de temps et quelles sont les bases de ton enseignement ?
J'ai commencé à enseigner à Amor de Dios à l'âge de 18 ans. En fait c'est le public qui a demandé aux maîtres de l'époque que je puisse enseigner (l'admission de nouveaux maîtres à Amor de Dios se faisait par cooptation), et c'est comme celà que j'ai débuté. J'enseigne plus l'âme du flamenco que des pas, pas seulement des techniques mais aussi le sentiment flamenco.
Comment as-tu rencontré Tini ?
là c'est Tini qui prend la parole et qui m'explique que c'est elle qui a trouvé Antonio. En effet elle a suivi l'enseignement d'Antonio à Amor de Dios sur les conseils du regretté PABLITO, grand homme du flamenco qui fut le maître de Tini, et qui lui avait indiqué une liste de maestros incontournables.
Que t'apportent les cours que tu donnes à Paris ?
Ils me permettent de continuer à diffuser le flamenco pour que les gens connaissent cet art si beau et si special, qui aide à oublier ses problèmes et à se libérer.
Depuis le mois de novembre, sur quels palos as-tu travaillé avec les élèves ?
Nous avons travaillé sur des siguiriyas, alegrias, bulerias et des tangos.
Lors de la sortie des èlèves, je recueille quelques propos élogieux sur le maestro : Aurora, une aficionada rencontrée l'an dernier au spectacle de Manzanilla et que j'ai retrouvée récemment dans l'équipe organisatrice du festival flamenco de Nîmes affirme que c'est un très bon professeur qui enseigne bien le rythme, les contretemps, et qui est très dynamique. Ses propos sont corroborrés par ceux de Catherine qui apprécie cet enseignement du rythme "gitan".
Pourquoi n'y avait-il pas de guitariste au stage ?
Parce que le niveau des élèves ne le nécessitait pas, ils doivent acquérir d'abord plus de technique.
A Madrid par contre j'ai plusieurs guitaristes, et même un flutiste et un cajon, celà permet pour les niveaux plus avancés de travailler avec plus de nuance.
Quel est le moment le plus important de ta carrière de danseur ?
Lorsque je me suis produit pendant 13 jours à l'Opera House de Sydney en Australie avec la jetset de la danse. J'ai aussi de bons souvenirs de New York, Chigago et Mexico...
Quels sont tes projets artistiques pour l'année 2007 ?
Je n'en ai aucun ! Mais si j'en avais un, ce serait avec des amis qui font du flamenco.
Quand aurons-nous la chance de te voir sur scène en France ?
J'attends que le public français ait plus de références sur moi et sur ma façon de faire le flamenco. J'aimerais aussi que ce soit dans le lieu le plus significatif pour le flamenco.
Antonio est un de ces grands artistes authentiques en voie de disparition, il suffit de le regarder sourire en parlant de sa passion pour comprendre que c'est quelqu'un qui aime profondément l'art flamenco. Merci Antonio pour cette entrevista et bon retour à Madrid ! Et merci Tini d'organiser ces stages avec el maestro !
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